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Montgey, château et village perché du Lauragais tarnais, voisin du Falga
Sur sa colline du Tarn, Montgey garde un château où se joua en 1211 un épisode de la croisade contre les Albigeois, une église gothique et un panorama de la Montagne Noire aux Pyrénées.
Montgey est l'un de ces villages que l'on aperçoit avant de les atteindre : une silhouette de tours carrées posée sur une colline, au-dessus de la plaine qui mène de Toulouse à Revel. La commune se trouve dans le Tarn, juste de l'autre côté de la limite avec la Haute-Garonne, à moins de dix kilomètres à vol d'oiseau au nord-est du Falga. Elle appartient d'ailleurs à la même communauté de communes que nous, Aux sources du Canal du Midi, qui enjambe la frontière départementale. On y vient pour trois raisons : un château privé chargé d'histoire, où se rattache l'un des premiers combats de la croisade contre les Albigeois ; une église gothique protégée ; et l'un des plus larges panoramas du Lauragais.
Où se trouve Montgey par rapport au Falga ?
Depuis le château du Falga, Montgey se situe au nord-est, sur les coteaux qui annoncent le pays de Puylaurens et la vallée de l'Agout. Le village reste modeste : moins de trois cents habitants aujourd'hui, contre plus de sept cents au milieu du XIXe siècle. Son territoire, entièrement agricole, est drainé par le Sor, la rivière qui descend de la Montagne Noire, et par le ruisseau de Thiers. Les terres y sont consacrées aux céréales et aux oléoprotéagineux, comme dans tout ce Lauragais de collines ondulantes.
Le relief explique tout. Le centre de la commune se tient vers 217 mètres, mais le château, lui, est bâti sur un promontoire rocheux d'environ 320 mètres, et sa tour de guet crénelée, qui sert de repère géodésique, culmine à quelque 350 mètres. De là, on comprend pourquoi le site a été occupé si tôt : il commande toute la plaine.
D'où vient le nom de Montgey ?
L'étymologie la plus souvent avancée fait dériver Montgey de Mons Jovis, la « montagne de Jupiter ». Elle est jugée crédible au vu des nombreux vestiges gallo-romains trouvés sur la commune. Une tête romaine sculptée a été retrouvée scellée dans les murs du château, et la notice des Monuments historiques évoque un ancien oppidum. Les historiens du lieu mentionnent aussi des tessons d'amphores dans les champs, un camp romain sur la colline voisine et une villa dans la plaine, à l'endroit où une chapelle rappelle l'église primitive.
Le Montgey médiéval s'est donc greffé sur un site déjà ancien. Au début du XIIIe siècle, une charte de 1209 atteste l'existence du château, fief d'une puissante famille du Lauragais, les Roquefort.
Que s'est-il passé à Montgey en 1211, pendant la croisade contre les Albigeois ?
C'est l'épisode qui a fait entrer le nom de Montgey dans les livres d'histoire. Au printemps 1211, Simon de Montfort assiège Lavaur, à une vingtaine de kilomètres plus au nord. Un renfort de croisés, composé surtout d'Allemands et de Frisons et conduit par le chevalier Nicolas de Bazoches, quitte Carcassonne pour le rejoindre. Averti, le comte de Foix Raymond-Roger, avec son fils Roger-Bernard et Giraud de Pépieux, leur tend une embuscade dans les bois près de Montgey. Surpris, les croisés sont presque entièrement anéantis.
Les chroniques de l'époque racontent la scène, chacune à sa manière :
- la Chanson de la croisade albigeoise, de Guillaume de Tudèle, parle de cinq mille hommes, chiffre que les historiens jugent exagéré, et décrit un combat long et acharné ;
- l'Historia Albigensis de Pierre des Vaux-de-Cernay décrit des croisés surpris sans leurs armures et massacrés ;
- la chronique de Guillaume de Puylaurens, né tout près d'ici, rapporte elle aussi un massacre ;
- Albéric de Trois-Fontaines avance le chiffre, plus vraisemblable, de 1 500 hommes.
On considère souvent cette bataille comme le premier véritable affrontement en rase campagne de la croisade. Selon l'histoire du château, le seigneur de Montgey, Jourdain de Roquefort, y aurait pris part aux côtés du comte de Foix, avec ses villageois. Sa famille était profondément liée à la résistance méridionale : un oncle évêque de Carcassonne, un père parmi les chefs opposés à Montfort, des parfaits et des parfaites dans la parenté, une épouse, Marquesa, condamnée comme hérétique, et un beau-frère, Raymond de Péreille, qui fut le dernier seigneur de Montségur.
La victoire n'eut toutefois qu'une portée limitée. Lavaur tomba le 3 mai 1211, et la défaite de Montgey pesa sans doute sur la dureté du sort réservé à la ville. Montfort se vengea ensuite sur Montgey, dont le village fut détruit. La notice des Monuments historiques rapporte, d'après un auteur anonyme du XIVe siècle, que Simon de Montfort séjourna au château avant de le faire démanteler. Après sa mort, en 1218, Jourdain de Roquefort, réfugié à Toulouse auprès du comte, reprit possession des lieux, et ses descendants les occupèrent jusqu'au XIVe siècle. Une brèche colmatée dans le vieux rempart ouest est, selon la légende, celle par où seraient entrés les croisés.
Pour replacer cet épisode dans le grand récit, notre article sur les châteaux cathares depuis le Lauragais en offre la suite logique.
Comment le château de Montgey a-t-il traversé les siècles ?
Le château actuel garde la trace de chaque époque. Les murailles ouest et une partie du nord remontent au XIIe siècle et dépassent souvent trois mètres d'épaisseur. Aux XVe et XVIe siècles, l'édifice prend sa forme définitive : un quadrilatère autour d'une cour centrale, cantonné de quatre tours, avec une façade sud convexe. Une galerie à l'italienne de huit arcades relie le corps principal à la tour dite du Chevalier.
Le XVIIe siècle apporte terrasses, grande porte, grand escalier et une cheminée Renaissance où l'on reconnaît l'influence de l'école de Fontainebleau. Les communs sont construits vers 1723 sur une cave voûtée, hors de l'ancien rempart nord ; le petit donjon crénelé qui domine les toits date de la seconde moitié du XIXe siècle. Plus bas, une seconde enceinte en ruine conserve encore son fossé en eau.
Les propriétaires se sont succédé au gré des ventes, mariages et héritages à partir de 1464. Deux figures retiennent l'attention :
- Charles de Franc, seigneur de Cahuzac, possesseur du château en 1639, garde du cardinal de Richelieu, que l'on retrouve sous le nom de Cahusac dans Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas, blessé par d'Artagnan ;
- son fils Alexandre de Franc, qui prend le titre de marquis de Montgey et que l'on dit enrichi par le commerce du pastel, la grande richesse du Lauragais que nous racontons dans le Lauragais, pays de Cocagne.
Une jolie légende, rattachée à la guerre de Cent Ans, veut qu'une garnison réduite ait repoussé des assaillants anglais en secouant sur eux les ruches du château. Le village y aurait gagné son surnom de « Montgey la Mouche », les abeilles étant alors appelées « mouches à miel ».
Le château est aujourd'hui une propriété privée. Ses façades et toitures sont inscrites au titre des Monuments historiques depuis 1975. Il est parfois ouvert lors des Journées européennes du patrimoine : renseignez-vous chaque année avant de vous déplacer. Le reste du temps, on l'admire depuis le village et les routes alentour, ce qui n'est déjà pas rien.
Que voir dans le village de Montgey ?
L'église Saint-Barthélemy mérite à elle seule la halte. Inscrite aux Monuments historiques en 1979 et propriété de la commune, elle présente un plan gothique dont la nef et le clocher pourraient remonter au XVIe siècle. La nef unique s'achève par un chœur à sept pans ; deux chapelles s'ouvrent au nord ; on entre par le sud, sous un porche ajouté, devant une porte en plein cintre surmontée de deux médaillons. À l'ouest, le clocher à base carrée se termine par deux étages octogonaux.
Autour, le village a conservé une entrée fortifiée : les défenses du château rejoignaient autrefois celles du bourg. Sur le territoire communal, on peut aussi repérer la chapelle Notre-Dame-de-l'Assomption d'Auvezines, siège d'une ancienne paroisse rétablie en 1846, et, au hameau du Burq, un château néoclassique de la fin du XVIIIe ou du début du XIXe siècle, également privé.
Quel panorama découvre-t-on depuis Montgey ?
C'est la grande récompense de la visite. Depuis le promontoire, la vue n'est arrêtée qu'à l'est par la Montagne Noire et, au sud, par la chaîne des Pyrénées, que l'on suit par temps clair du Canigou jusqu'au Pic du Midi de Bigorre. On embrasse toute la plaine de Revel, les coteaux du Lauragais et, en contrebas, la vallée du Sor.
Notre conseil : choisir une matinée limpide d'automne ou d'hiver, quand le vent d'autan a lavé l'horizon, ou la fin d'après-midi en été, lorsque la lumière rasante dessine chaque colline. Les Pyrénées enneigées, vues d'ici au-dessus des champs blonds, valent le détour.
Où se promener à Montgey et dans les villages perchés voisins ?
Montgey se découvre surtout à pied, sans prétention sportive : une flânerie dans les ruelles, de l'église à l'entrée fortifiée, puis quelques pas sur les petites routes qui contournent la colline et dévoilent le château sous différents angles. Respectez simplement le caractère privé du domaine et de son parc.
Pour composer une belle demi-journée, nous aimons associer Montgey à ses voisins perchés du Lauragais :
- Puylaurens, un peu plus au nord-est, domine la plaine du haut de ses 375 mètres, aux portes de la Montagne Noire. Patrie du chroniqueur Guillaume de Puylaurens, elle abrita aussi de 1660 à 1685 une académie protestante réputée, et l'on y attribue au cordonnier Guillaume Lavabre la chanson La Garisou de Marianno, associée au nom de Marianne ;
- Saint-Félix-Lauragais, de l'autre côté de la plaine, avec sa collégiale et son château, que nous présentons dans notre article sur Saint-Félix-Lauragais ;
- Revel, la bastide et sa grande halle, idéale pour finir la journée, à découvrir dans notre guide de Revel.
Questions fréquentes
Peut-on visiter le château de Montgey ?
C'est une propriété privée, habitée. Elle ouvre parfois ses portes lors des Journées européennes du patrimoine ; le programme change chaque année, mieux vaut le vérifier auprès des offices de tourisme du secteur.
Montgey est-il un château cathare ?
Le château a appartenu au XIIIe siècle aux Roquefort, famille liée au catharisme et à la résistance méridionale, et la bataille de 1211 s'est déroulée à proximité. Mais l'édifice que l'on voit aujourd'hui doit surtout aux XVe, XVIe et XVIIe siècles.
À quelle distance du Falga se trouve Montgey ?
À moins de dix kilomètres à vol d'oiseau, au nord-est, dans le département voisin du Tarn. C'est une sortie idéale pour une matinée ou une fin de journée.
Quand voit-on le mieux les Pyrénées depuis Montgey ?
Par temps sec et clair, souvent en automne et en hiver, ou après un épisode de vent d'autan qui dégage l'horizon.
Séjourner au Château du Falga pour découvrir Montgey
Montgey fait partie de ces lieux que l'on découvre mieux quand on loge à côté et que l'on peut choisir son jour de belle lumière. Depuis le château, où nous recevons jusqu'à 21 voyageurs, ou depuis la Petite Maison, ouverte toute l'année pour quatre personnes, Montgey, Puylaurens et Revel se combinent aisément avec le reste du Lauragais. Pour préparer votre séjour, n'hésitez pas à nous écrire.
Pour aller plus loin, la notice du château dans la base Mérimée du ministère de la Culture et celle de l'église de Montgey détaillent les éléments protégés.
Sources : base Mérimée (notices PA00095608 et PA00095609, ministère de la Culture) ; Wikipédia (articles Montgey, Château de Montgey, Château de Burq, Puylaurens, Battle of Montgey) ; Michel Roquebert, « Les seigneurs de Montgey au XIIIe siècle », Revue du Tarn, 1977, et Pierre Bouyssou, cités par Wikipédia ; Banatic (ministère de l'Intérieur).

