
Tous les articles · Les Caffarelli
Les frères Caffarelli du Falga : six destins nés dans un même château
Six frères grandis au Falga, formés à Sorèze, puis dispersés par la Révolution et l'Empire : un général, un préfet maritime, un évêque, un aide de camp, un préfet et un royaliste fusillé.
Les frères Caffarelli sont six garçons nés au Château du Falga, en Lauragais, entre 1756 et 1766. Élevés dans la même maison, formés dans la même école, celle de Sorèze, ils ont pris des chemins que tout semblait opposer : Maximilien, général du génie, meurt en 1799 devant Saint-Jean-d'Acre ; Joseph devient préfet maritime de Brest ; Jean-Baptiste, évêque de Saint-Brieuc ; Auguste, aide de camp de l'Empereur ; Charles-Ambroise, préfet sous l'Empire ; Philippe, officier émigré, est fusillé après le débarquement royaliste de Quiberon. Voici leur histoire, telle que nous la racontons à ceux qui séjournent sous ce toit, et ce qu'il en reste aujourd'hui au Falga.
Qui étaient les parents des frères Caffarelli ?
Leur père, Pierre-François Caffarelli, appartient à une famille venue d'Italie au XVIe siècle, francisée en Caffarel puis revenue à son nom d'origine en 1739, lorsque Rome reconnaît son ancienne noblesse. C'est lui qui, de 1750 à 1766, agrandit considérablement le domaine et remanie la vie de la maison. En 1755, il épouse Marguerite-Louise-Félicité d'Anceau, femme d'une grande piété : c'est elle qui transformera plus tard une grange en chapelle, devenue l'actuelle église Saint-Martin du Falga.
La famille est nombreuse, noble mais sans grande fortune. Un fils, Étienne, né en 1759, meurt en bas âge ; six garçons atteignent l'âge adulte, comme le rappelle la notice Famille de Caffarelli de Wikipédia. Pour eux, les parents ne peuvent compter ni sur de vastes terres à partager, ni sur de puissants appuis à Versailles. Ils misent sur ce qui ne se dilapide pas : l'instruction. Maximilien, l'aîné, renoncera d'ailleurs à son droit d'aînesse, un geste rare dans la noblesse de l'époque, qui en dit long sur l'esprit de la maison.
Pourquoi Sorèze a-t-elle compté dans leur destin ?
À quelques lieues du Falga, au pied de la Montagne Noire, l'abbaye-école de Sorèze est alors l'un des collèges les plus novateurs du royaume. Les bénédictins y enseignent les langues, les sciences, la musique, le dessin, l'équitation ou la natation, bien au-delà du latin des collèges classiques. Louis XVI en fera l'une des écoles royales militaires chargées de former les futurs officiers.
Les frères Caffarelli y sont élèves entre 1765 et 1783 : Maximilien ouvre la marche, ses cadets suivent tour à tour. Ce passage par Sorèze explique beaucoup : le goût de Maximilien pour les sciences et les mathématiques, la vocation maritime de Joseph, la solide culture de Charles-Ambroise et de Jean-Baptiste. L'école ne les a pas oubliés. Dans la salle des Illustres, où un ensemble de quarante-huit bustes d'anciens élèves, en plâtre et en bronze, a été réalisé entre 1858 et 1906, les Caffarelli occupent une place de choix, et leur nom figure en lettres d'or au tableau des carrières. Le buste d'Auguste est d'ailleurs protégé au titre des monuments historiques, comme le rappelle sa notice sur la plateforme POP du ministère de la Culture. Nous racontons plus en détail cette école dans notre article sur l'abbaye-école de Sorèze.
Quels destins pour les six frères ?
Même éducation, mêmes souvenirs d'enfance, et pourtant une fratrie coupée en deux par la Révolution. En voici les grandes lignes :
- Maximilien (1756-1799), l'aîné, officier du génie et esprit des Lumières, devient général et meurt devant Saint-Jean-d'Acre.
- Philippe (1757-1795), officier de l'armée royale, émigre et meurt fusillé après Quiberon.
- Charles-Ambroise (1758-1826), chanoine de Toul, traverse la Terreur en prison avant de devenir préfet de l'Empire.
- Joseph, dit de Merville (1760-1845), marin de la guerre d'Amérique, devient préfet maritime de Brest et comte d'Empire.
- Jean-Baptiste (1763-1815), chanoine de Montpellier exilé en Espagne, est sacré évêque de Saint-Brieuc.
- Auguste (1766-1849), soldat de Marengo et d'Austerlitz, aide de camp de l'Empereur, finit pair de France.
Maximilien, l'aîné : des Lumières à Saint-Jean-d'Acre
Né au Falga le 13 février 1756, Maximilien est la figure tutélaire de la maison, à qui nous avons consacré un article entier. En 1789, il siège avec le Tiers État dans les assemblées du Lauragais et rédige un projet de déclaration des droits. Fidèle à ses principes plus qu'aux factions, il refuse en 1792 de prêter sans examen le nouveau serment exigé après le 10 Août : il est destitué. Arrêté comme suspect en octobre 1793, il passe environ quatorze mois enfermé à Toulouse, et occupe sa captivité à étudier et à écrire.
Libéré, il reprend du service à l'armée de Sambre-et-Meuse. En décembre 1795, un boulet lui fracasse la jambe gauche ; amputé, il marchera désormais avec une jambe de bois. Cela ne l'empêche pas de suivre Bonaparte en Égypte, à la tête du génie de l'armée d'Orient, ni de participer à la fondation de l'Institut d'Égypte. Au siège de Saint-Jean-d'Acre, en avril 1799, une balle lui brise le coude droit ; on l'ampute du bras, la gangrène l'emporte le 27 avril. Dans son ordre du jour, Bonaparte salue en lui l'un des plus braves chefs de l'armée, l'un des législateurs de l'Égypte et un savant illustre.
Philippe, le royaliste : la fidélité jusqu'à Quiberon
Né au Falga le 6 mars 1757, Philippe suit la voie la plus classique pour un cadet de noblesse : l'armée du roi. Il sert au long siège de Gibraltar, entre 1779 et 1783. Lorsque la Révolution éclate, il fait le choix inverse de son aîné : il émigre et devient colonel d'un régiment de hussards commandé par son oncle d'Anceau.
En 1795, il débarque sur la presqu'île de Quiberon avec l'armée royaliste, dans la division de Sombreuil. L'expédition tourne au désastre. Fait prisonnier, Philippe est fusillé à Auray, malgré la promesse de clémence qu'on prête au général Hoche. Ses restes reposent à la chapelle expiatoire du Champ-des-Martyrs, à Brech, dans le Morbihan. La même année, à l'autre bout du pays, son frère Maximilien perdait une jambe au service de la République.
Charles-Ambroise, Joseph et Jean-Baptiste : servir l'État, la mer et l'Église
Charles-Ambroise, né en 1758, est chanoine de la cathédrale de Toul quand la Révolution commence. Il prête serment à la Constitution civile du clergé, devient administrateur du district de Revel, puis connaît à son tour la prison sous la Terreur. Sous l'Empire, il est successivement préfet de l'Ardèche, du Calvados et de l'Aube ; Caen lui dédia un quai et un cours. Écarté de la préfecture de l'Aube par Napoléon en février 1814, il siège ensuite au conseil général de la Haute-Garonne et reprend son ministère de prêtre sous la Restauration. Revenu au pays, il embellit l'église du Falga jusqu'à sa mort, en 1826.
Joseph, dit de Merville, né en 1760, choisit la mer. Il combat pendant la guerre d'Indépendance américaine, à Tobago, à la Chesapeake, aux Saintes. Revenu au Falga pour raisons de santé, il en devient procureur de la commune en 1790, puis maire en 1792. Sous le Consulat, il est nommé conseiller d'État et, en 1800, préfet maritime de Brest, où il réorganise l'arsenal. Comte d'Empire, grand officier de la Légion d'honneur, il finit ses jours à Lavelanet-de-Comminges, en 1845.
Jean-Baptiste, né en 1763, est ordonné prêtre à vingt ans. Chanoine de la cathédrale de Montpellier à la Révolution, il refuse le serment et s'exile en Espagne. Rentré en France, il vit un temps auprès de Joseph, à Brest. Après le Concordat, il est nommé évêque de Saint-Brieuc en 1802 et sacré à Paris, en l'église Saint-Roch. Baron d'Empire, il meurt en 1815 et repose dans sa cathédrale Saint-Étienne.
Auguste, le cadet : dans l'intimité de Napoléon
Le benjamin, né au Falga le 7 octobre 1766, est celui dont la carrière est la plus éclatante. Promu général de brigade après Marengo, en 1800, il entre dans l'entourage immédiat de Bonaparte. En 1804, c'est lui qui est envoyé à Rome auprès de Pie VII pour préparer la venue du pape au sacre de Napoléon. Gouverneur des Tuileries, ministre de la Guerre du royaume d'Italie de 1806 à 1810, il combat ensuite en Espagne et gouverne la Biscaye.
En 1814, à l'heure de l'effondrement, il escorte l'impératrice Marie-Louise et le roi de Rome jusqu'à Vienne. Rallié pendant les Cent-Jours, il se retire en 1815, est fait pair de France en 1831 et meurt à Leschelle, près de Guise, le 23 janvier 1849. Son nom est gravé sur l'Arc de Triomphe.
Comment Bonaparte a-t-il protégé la famille ?
La mort de Maximilien à Saint-Jean-d'Acre marque un tournant. Bonaparte tenait l'aîné en haute estime ; une fois Premier consul, il étend sa bienveillance à ses frères. Joseph entre au Conseil d'État et reçoit Brest, Charles-Ambroise devient préfet, Jean-Baptiste est appelé à l'épiscopat dès les premières nominations concordataires, Auguste prend place auprès du maître de la France. On aurait tort d'y voir un simple népotisme : chacun avait fait ses preuves. Mais c'est bien la mémoire de l'aîné qui a ouvert les portes.
Ce qui frappe, surtout, c'est que la fracture politique n'a pas brisé la famille. Royaliste fusillé ou républicain devenu général, prêtre réfractaire ou prêtre jureur, les frères Caffarelli sont restés profondément liés, et liés au Falga.
Que reste-t-il des Caffarelli au Falga ?
La maison, d'abord. Le grand escalier élevé par Philippe Caffarel à la fin du XVIIe siècle, les salles où les enfants de Pierre-François ont grandi, l'ex-libris « de la Bibliothèque de Mr de Caffarelli » conservé au château. Le domaine n'a jamais quitté la descendance de Philippe Caffarel, et c'est cette continuité que nous racontons sur la page consacrée à l'histoire du château.
L'église Saint-Martin, ensuite, voisine du château : chapelle voulue par la mère des six frères, donnée à la commune en 1804, puis dotée par Charles-Ambroise d'un plafond à caissons et d'un autel en marbre de Caunes-Minervois. Elle se visite lors des Journées du patrimoine.
Et une histoire, enfin, que l'on se transmet dans la famille. Le corps de Maximilien n'est jamais revenu d'Orient ; seul son bras revint au Falga, inhumé dans l'église, jusqu'à ce qu'Auguste l'emporte avec lui et se fasse enterrer à ses côtés, en 1849. Pour le reste, il faut aller à Sorèze, devant les bustes de la salle des Illustres, retrouver les visages de cette fratrie.
Questions fréquentes
Combien de frères Caffarelli sont nés au Château du Falga ?
Six frères ont atteint l'âge adulte : Maximilien, Philippe, Charles-Ambroise, Joseph, Jean-Baptiste et Auguste, nés au Falga entre 1756 et 1766.
Où voir les bustes des frères Caffarelli ?
Dans la salle des Illustres de l'abbaye-école de Sorèze, dans le Tarn, tout près du Falga, qui réunit les bustes des anciens élèves les plus célèbres de l'école.
Les frères Caffarelli étaient-ils tous bonapartistes ?
Non. Quatre ont servi la République puis l'Empire ; Philippe a choisi l'émigration et l'armée royaliste, et Jean-Baptiste a refusé le serment révolutionnaire avant de devenir évêque concordataire.
Peut-on visiter le Château du Falga ?
Le château est une maison familiale qui se loue aux voyageurs ; il ouvre ses portes à l'occasion des Journées du patrimoine, comme l'église Saint-Martin voisine.
Séjourner dans la maison des Caffarelli
Dormir au Falga, c'est poser ses valises là où ces six destins ont commencé. Le château accueille jusqu'à 21 voyageurs l'été et certains week-ends, et la Petite Maison, louée séparément, reçoit 4 personnes toute l'année. Pour préparer votre visite de Sorèze ou simplement en savoir plus sur la famille, écrivez-nous.
Sources : archives de la famille Caffarelli ; notices de la Cité de Sorèze (salle des Illustres) ; Wikipédia (Famille de Caffarelli, Joseph de Caffarelli, Jean-Baptiste de Caffarelli du Falga, Charles Ambroise de Caffarelli du Falga, Marie-François Auguste de Caffarelli du Falga) ; plateforme POP du ministère de la Culture (notices Palissy PM81001598 et PM81001631) ; Napoleon-empire.org ; frenchempire.net ; Tourisme Occitanie (abbaye-école de Sorèze).

